mercredi 11 novembre 2009

Est-ce qu'on peut aller à Sarrebruck quand on voyage dans la DDR?

Salut les Kumpel,

Après quelques hésitations, et quatre mois de pause, j’ai décidé de rempiler question blog. Cette fois-ci, finito la Fernsehturm et autres pérégrinations bohémiennes dans les rues prolo-tendances de Kreuzberg ou Prenzlauer Berg. J’ai décidé de vous faire partager un peu de mes aventures sarroise, et même sarrebruckoise, soyons précis. Allez quoi, cachez pas votre émoi.


Commençons donc par une photo de la ville. C’est beau, non ? Non ? Bah c’est vrai que Sarrebruck (Saarbrücken en version allemande) souffre un peu, et c’est un euphémisme, de la traverse d’une autoroute en son centre. Construite à la grande époque où on pensait que futur rimait avec voiture et thermo-moulure et où l’on avait peur de rien – on a reculé les remparts du château de 16 mètres pour aménager le tracé - l’autoroute longe la Sarre paresseuse à travers toute la ville. C’est effroyable, mais l’avantage c’est que quand on ferme les yeux, on a l’impression d’entendre le bruit des rouleaux dans le ronronnement des pneus qui filent sur l’asphalte. Soyons positif… question de vie ou de mort quand on habite dans la Sarre ! Le cœur palpitant de Sarrebruck, c’est la rue piétonne qui abrite tout ce que le monde occidental peut avoir inventé de commerces. Bien à l’abris derrière leur énorme rempart de béton, les Sarrebruckois consomment tranquillement en se réjouissant que le Land soit désormais gouverné par une coalition jamaïcaine. Jamaïcaine ? Oui, noir, jaune et verte : CDU, FDP et Grüne. Mais de ça, on parlera une prochaine fois. Finissons en avec cette photo. A l’arrière plan, c’est bien de la forêt que vous voyez, et au centre, la tour de mage style Harry Potter c’est une ancienne grue de chargement reconstruite à l’identique dans les années 90 grâce au fric de gentils donateurs. Dernier point : à droite de l’image, une enseigne Karstadt (après publication de mon billet je me rends compte qu'on ne la distingue pas, mais tant pis, n'avez qu'à prendre une loupe). Karstadt, c’est une chaîne de magasins style galeries Lafayette, actuellement en faillite. Le groupe est dirigé par un administrateur judiciaire et va fermé six de ses grands magasins. Je croise les doigts pour que celui de Sarrebruck reste ouvert : il y a un supermarché chic au sous sol où je me fournis à l’occasion en Backed beans !


Petit instantané d’Allemagne à présent, rubrique jeu de société. L’autre jour, en rentrant d’une soirée à la Moderne Kunst Gallerie qui proposait un triptyque expo-lecture-projection de courts métrage sur le thème de la mort/fin du monde (je précise que j’étais accompagné d’un de mes colocs et de ses amis, et que ce n’est pas un truc que je fais tous les jours), j’ai joué à « DDR Reise » …

Nous étions chez la copine de mon coloc’, en train de boire de la bière et de manger du cake à la citrouille (Kurbisbrot), quand quelqu’un à aperçu ce jeu formidable au dessus d’un placard de la cuisine. Il avait coûté à celui qui l’a chiné aux puces la modique somme de 1 euro. Le principe du jeu est simple. Chaque joueur commence avec 5 cartes de ville. Le but est de passer par toutes ces villes et quand c’est fait, on a gagné. C’est parti ! On jette le dé, et quand on arrive sur une ville dont on possède la carte, on lit à voix haute la dite-carte, puis on tire une autre carte qu’on lit aussi et hop, direction cette seconde destination. Comprenez moi bien. Chaque fois qu’on arrive sur une ville de notre liste, on lit deux fois, puis on est expédié à l’autre bout de la DDR. Bonjour les emmerdes pour repartir en direction des autres villes de notre main, surtout qu’il est difficile de réfléchir à l’itinéraire le plus court après avoir lu une prose propagandiste décérébrée rédigée par le plus pervers des gratte-papiers du ministère du tourisme est-allemand. Cette astuce structurelle mis au point par les concepteurs de « Reise DDR » prolonge considérablement la durée de vie du jeu, mais ne contribue pas vraiment à l’épanouissement des joueurs. Mon avis personnel ? Je pense que ce jeu de plateau a été édité par des opposants au régime qui visaient en fait à renforcer d’une manière extrêmement ingénieuse le seuil de résistance à la torture des petits allemands de l’est, les préparant ainsi à mieux contrer les interrogatoires de la Stasi ou des chiens impérialistes.


Je vous donne un aperçu traduit et restitué de mémoire du contenu d’une carte.

« Karl Marx Stadt :
ville réputée jadis pour la finesse de sa porcelaine noire et ses célèbres presse à raisin bi-pistonnées, la ville brille encore par son architecture néo-romano-baroque dont l’exemple le plus émouvant reste le clocher de l’église St Nikolaï ,qui culmine à près de 312 mètres. Le dimanche, les Karlmarxois aiment à se promener le long de la Vistule en mangeant les délicieuses petites saucisses douces au paprika, spécialité de la région. Karl Marx Stadt est aujourd’hui un fleuron de l’industrie pétro-chimique des bande flexibles pour machine-outils. »

Vous voyez le genre ? Bref, pas de stratégie, pas de vraie compétition, juste des cartes horribles et un plateau de jeu où une vache broute du côté de Hamburg, et où le vert qui remplit la Tchéquie est plus vert que le vert de l’Allemagne de l’ouest… Une seule envie pendant la partie : fuir le pays ! Et pour info, l’élastique c’était mon pion.

Allez, à la prochaine fois, avec un peu plus de photos. Je vous parlerai encore de Sarrebruck et d’un magasin de perruques. Bonjour chez vous et bon vent.



4 commentaires:

  1. Ce blog nous manquait tant...mais vu le contexte urbain, ça va être difficile de faire aussi sympa que celui de Berlin, il va falloir de l'imagination, mais je fais confiance à notre chroniqueur.

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  2. AAAh quelle émotion à l'évocation du Karstadt...mon père nous y emmenait si souvent faire du shopping, lorsque j'étais enfant. Je me souviens aussi du Sinn, du Kaufhalle et du grand magasin Salamander où j'héritais d'une peluche à chaque passage en caisse.... Je te félicite pour le retour de ce blog, et attends avec impatience la suite de tes aventures sarroises. Elisa

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  3. Ca me rappelle le jeu des régions françaises...

    Nationale 7,
    Route des vacances
    Qui traverse la Bourgogne et la Provence
    Qui fait d' Paris un p'tit faubourg d' Valence
    Et la banlieue d' Saint-Paul de Vence

    Enfin bon, on t'attend toujours pour réussir à finir une partie des jeux de carte de steeve jackson (loué soit son nom)!

    Kiss Wurst et tout le tralala

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