Dimanche matin, il neige sur Sarrebruck. Les toits des immeubles et des voitures sont blancs. Les flocons tombent au ralenti, serrés. Mais rien ne tient sur les trottoirs, du moins pas encore.
Je garde espoir, car les températures vont continuer à chuter et on prévoit -11°c dans la nuit de mercredi. J'hésite encore: rester bien au chaud dans ma chambre à lire un bouquin, ou bien sortir gouter aux flocons, les voir s'écraser sur mon manteau et passer mon doigt ganté sur les pare-brises floqueux?
La ville est plus belle sous la neige. Des images de mon enfance me reviennent, quand on marchait en famille dans les rues de Bruxelles, le bout du nez gelé. Puis attablé dans une brasserie, derrière la vitre, devant un délicieux chocolat chaud. Il faisait froid, et mon petit frère s'était taché avec du ketchup tombé de son cornet de frites; la sauce avait gelée immédiatement. Je me rappelle des gens qui se chauffaient un instant autour de grands braséros avant de continuer leur route. Mais pas de chocolat chaud ce matin, plutôt un café noir.
J'avais décidé de vous parler d'Heidelberg, mais il neige. C'est un peu contrariant mais tant pis, je vais quand même vous montrer mes photos, qui datent de début novembre et risque la péremption autrement. Les arbres y ont encore leurs parures d'automne.
Commençons par la tour sud-est de la bibliothèque universitaire. J'adore ce bâtiment, avec ses grosses pierres de taille rouges typique de la région, et sa façade un peu chargée et ses gorgones à l'entrée. On voit à l'arrière plan la montagne couverte de forêt et nappée de brouillard. Heidelberg est blottie contre le Neckar au creux d'une vallée encaissée, aux portes d'une profonde forêt.
Cette photo est prise depuis la terrasse du château. Sur la rive gauche se tasse la vieille ville, épargnée par les bombardements alliés. On distingue le vieux pont et encore de la forêt dans le coin supérieur droit. Sur le versant serpente le Philosophenweg, où se sont promenés les illustres Goethe, Hegel, Hölderlin, Heine, Weber, Scalabre. Derrière nous, le neckar disparait dans un méandre et s'étale la forêt tandis qu'à l'horizon, en face de nous, s'étale la plaine rhénane.
Nous sommes de retour dans la bibliothèque, au premier étage, sous la verrière qui inonde l'escalier d'honneur d'une douce lumière laiteuse. Il y a un grand globe terrestre (un globisphère) au centre de l'espace, et des travées qui partent de chaque côtés pour cerner la grande salle de lecture. J'aurai du mal à décrire le style: Jugendstil précoce? Aucune idée.
Au centre du bâtiment, une cour carrée planté en damier de drôles de petits d'arbres taillés. L'impression qu'on en retire est déroutante, celle d'un décor artificiel. Je me suis senti comme plongé dans la maquette d'un passionné de train électrique. L'ensemble fait assez cour d'école aussi.
C'est pas tout ça mais on a encore des choses à voir aujourd'hui, et même si la bibliothèque est chauffée, il faut qu'on décolle. Pour varier un peu, empruntons les escaliers d'angle, avec leur rampe en ferronnerie florale. Renouer votre écharpe, dehors il fait frais.
Face à la bibliothèque, une église au toit de cuivre oxydé. Si on la contourne, on découvre ce joli panorama. Un arbre vert, un arbre jaune. Quelques familles chanceuses et fortunées ont leur maison plantée dans la forêt, sur les hauteurs de la ville.
Mais pas de quoi rivaliser avec le château, qui domine la vieille ville et révèle sa masse impressionnante au détour des ruelles. Plus qu'à moitié en ruine (la faute aux troupes de Louis XIV lors de la guerre du Palatinat), bordé de jardins en terrasses, le château fut un haut lieu d'inspiration pour les romantiques de tous bords. Pas grand chose à y visiter: un musée de la pharmacie soporifique et un tonneau géant d'une contenance de 220 000 litres sur lequel on peut monter par des escaliers, et qui n'a servi que deux ans, le vin pourrissant au fond de la cuve (et bonjour les dégâts en cas de fuite). Reste un panorama grandiose.
En redescendant on passe devant la prison, avec ses murs aveugles de 6 mètres de haut. On dirait une forteresse de Vauban. Puis on retrouve les abords de Uni Platz et la Hauptstraße, avec ses innombrables magasins, ses snacks en tous genres (pizza, kebab, falafel, crêpes, fish&chips, bretzel, sandwichs bio... tout, sauf des currywurst) et son flot ininterrompu de badauds.
Si on rebrousse chemin (oui, j'avais oublié cette photo), on peut admirer dans la cour de l'institut d'histoire une vieille tour, vestige le plus ancien de l'université d'Heidelberg, la plus vieille d'Allemagne, fondée en 1386. Devant, une sculpture moderne qui sort de terre, imitant sa jumelle couchée, qui est, je crois, une vrai bouche d'aération... De l'art camouflage en somme.
Comme on en a plein les pâtes, retour aux bords du Neckar pour aller se réchauffer dans l'une des très nombreuses résidences étudiantes de la ville. Dans cette direction comme dans l'autre, on voit la forêt.
Et voici la Europa Haus 1, avec ses coursives en bois, et son organisation labyrinthique. De gros canapés permettent aux étudiants de papoter dehors mais à l'abri des intempéries.
Pour terminer notre excursion, retour à Sarrebruck (n'oubliez pas de laisser un petit quelque chose au guide). J'ai pris part à la villa Europa, c'est-à-dire là où je bosse, à un déjeuner Beaujolais nouveau (oui, j'ai du retard dans mes publications). Au menu: du fromage français, et de préciser que c'est un vrai luxe en Allemagne, des fruits et du pinard au gout de banane. Et en plus c'était gratuit!
Pour ceux qui ne vont pas consulter fébrilement ce blog tous les jours, je précise que j'ai déjà posté un billet hier, pour annoncer les résultats du sondage. Alors allez admirer le photo-montage promis depuis un baille!
J'arrête pour aujourd'hui, épuisé par ce billet fleuve. Ne vous laissez pas emportés par le tourbillon des achats de Noël, et préparez vous des repas de réveillons divins qui pourront vous réconforter (sous forme de souvenirs) face à la déprime de janvier. Pour moi, plus qu'une semaine de stage avant les vacances. Et je suis de retour à Heidelberg mercredi pour un tournage, avant de revenir à Sarrebruck le jeudi pour la fête de Noël entre collègues et de partir pour Paris.
Bon vent!



