Bonsoir les loubards,
Ce weekend, je suis allé marcher un peu. En une vingtaine de minutes on peut atteindre la frontière de la ville et s’aventurer en forêt. La route monte un peu, puis le macadam se fissure pour finalement laisser place à un sentier couvert d’une épaisse couche de feuilles mortes.
Il ne reste plus que quelques bouquets ocres accrochés ça et là dans les branches les plus hautes, et sinon des troncs à perte de vue. Parfois aussi un petit bosquet de conifères. Puis on tombe sur deux arbres majestueux qu’on dirait enlacés. On les appelle l’arbre des deux amants. Oui je sais, ça fait bizarre un sujet pluriel avec un complément au singulier. Pas la peine d’en faire un caca nerveux.
Pourtant, même dans le silence apaisant de cette forêt, la ville ne s’oublie pas. Au détour d’une boucle du chemin revoilà la route, un pylône électrique et quelques immeubles au loin, et aussi un centre sportif avec plusieurs terrains de tennis humides.
En continuant, on rattrape la grand route en contrebas, qui mène à l’université de la Sarre. Le campus est excentré, relié au centre-ville par une ligne de bus. En chemin, on a l’impression d’être nulle part. Puis sur une station service d’autoroute lorsqu’on longe le parking à étages. Voilà enfin l’entrée avec ses barrières automatiques.
Là, devant le bâtiment C1-5, la salle de musique, je retrouve mon colocataire. Un groupe d’une trentaine d’étudiants est engagé depuis presque deux semaines dans un mouvement de protestation.
Pas de revendications claires pour l’instant, si ce n’est le rejet des principes de Bologne (autonomie, LMD, etc.). A force de cercles de paroles, d’ateliers de réflexion, ils espèrent définir une ligne de conduite. Je suis sceptique, d’autant qu’ils sont bien peu et, point de vue français, déjà assez privilégiés à mes yeux. Néanmoins je suis impressionné par l’ambiance, calme, détendue, plutôt intellectuelle. On aurait presque envie de s’asseoir à l’intérieur et d’ouvrir un bouquin. D’autant qu’en la matière ils ont quelques références pas déplaisantes.
Créatifs, ils ont disposé une installation devant le bâtiment. Pas de notice explicative comme au musée, alors à vous d'en tirer l’interprétation que vous voudrez. Reflet, ruine, théâtre, chute des artifices et déconstruction de l’ordre bourgeois. Il y a de quoi cogiter.
Les étudiants ont aussi peint des cartons à l’aide de pochoirs, et je trouve le résultat plutôt réussis. Et c’est une putain de bonne question ça : est-ce que Schiller avait des compétences sociales ? Mmmh… pas sûr de bien comprendre mais tant pis.
Les « grévistes » dorment sur place, à l’étage. Ils ont récupéré des provisions périmées chez quelques commerçants. Un professeur de philosophie est venu leur apporter son soutien, prononçant quelques mots.
On peu sourire de ça, mais dans le contexte de la société allemande, plus conformiste que la notre, je trouve leur engagement courageux, même si comme toujours il y a sans doute une part d’eux même qui cherchent aussi un prétexte pour se détourner des études.
Revenons vers le centre de Sarrebruck à présent. Pour ce faire, comme l’autre fois, il faut passer sous le pont ferroviaire. J’ai pensé à le prendre en photo, mais de jour. Et oui, les images ne correspondent pas toujours exactement à la chronologie du récit. Je fais un peu de reconstruction. Bref, j’adore ce pont, avec sa pancarte pour la brasserie Bruch située deux cents mètres plus loin.
Et maintenant, des photos un peu plus en vrac.
Une église d’abord. Je passais devant un soir quand j’ai été arrêté par le néon au dessus de la grande porte. Une petite église avec en dessous marqué « offen ». J’ai trouvé ça très américain, mais pourquoi pas après tout. C’était un peu triste quand même. Une église qui cherche désespérément des fidèles pour garnir ses bancs inconfortables. On espère qu’ils ont le chauffage.
Maintenant, un rez-de-chaussée de bureau certes un peu glauque, mais qui me plait bien. Le bâtiment est un énorme cube, avec des fenêtres immenses et carrées, qui semble s’inspirer un peu grossièrement de la Neue nationale Gallerie de Berlin.
J’ai critiqué déjà les préparatifs de Noël prématurés, mais allez, un père Noël en légo ça ne se refuse pas. Notez quand même qu’il n’est pas très bien fait, notamment ses oreilles…
Et pour finir, le nouveau visuel des « Pompes funèbres du regard mouillé ». Mais non, c’est juste un beau coucher de soleil à travers les arbres du parc de là où je travaille.
Beaucoup de photos aujourd’hui, et un peu moins de texte. Il faut varier ! J’ai écrit une série d'articles, en collaboration avec une autre stagiaire, sur l’origine d’expressions françaises et leur correspondances en allemand. Un peu dans la veine de Karambolage (pour les fidèles d’Arte). Je vais vous publier ça régulièrement, pour vous faire patienter entre deux « vrais » billets. Je vois aussi que vous vous êtes bougés pour le sondage, merci ! Mais les résultats sont (comme d’habitude) très serrés. Je vous prépare un petit montage photo si j’ai le temps.
Bon, pensez à vous détendre, parce qu’il n’y a pas que le boulot dans la vie. Lisez des livres et profitez de votre lit !
Bon vent.
ps: je ne résiste pas à la tentation de vous mettre aussi la photo d'un déjeuner allemand que je me suis fait... ca fait rêver, hein?


